La parole est à vous : interview de Christophe Bouniol, président de la société Thésée DataCenter

Les datacenters, vous connaissez ? Ces centres de données connaissent aujourd’hui un fort développement lié notamment à l’essor de l’externalisation des ressources informatiques par les entreprises. Concrètement, il s’agit d’une infrastructure physique sécurisée regroupant des installations informatiques qui permettent de stocker et traiter une quantité importante de données. Il peut s'agir d'installations privées à usage exclusif ou bien de centres de données administrés par des prestataires qui regroupent plusieurs clients. Mobilisée pour des territoires plus connectés et attractifs, la Banque des Territoires accompagne le développement des datacenters et en particulier le projet de campus nouvelle génération, en Ile-de-France, porté par Thésée DataCenter, acteur français de services d’hébergement de colocation neutre. Ce campus d’une surface totale de 6 400 m², dont la première pierre a été posée en octobre 2020, proposera à termes six bâtiments de deux salles de 534 m². Découvrons-le avec Christophe Bouniol, président de la société Thésée DataCenter.

 

 

 

Christophe Bouniol, président de Thésée DataCenter

 

Notre premier atout, c’est effectivement la souveraineté de la donnée car nous sommes une société 100 % française avec des actionnaires français donc nous pouvons la garantir à la différence de nos concurrents anglo-saxons.

Christophe Bouniol

Pourquoi et comment ce projet de campus de datacenters est-il né ?

L’aventure Thésée DataCenter démarre en 2015 pour Eric Arbaretaz, cofondateur et directeur technique, et moi-même. A cette époque, nous constatons qu’il n’existe pas de société française d’hébergement de taille conséquente sur notre territoire. En effet, le marché français se compose principalement d’hébergeurs anglosaxons de grande taille ou de petits datacenters implantés localement et bien souvent issus de sociétés informatiques.  Il n’y avait donc pas d’offre intermédiaire et un besoin à couvrir.

Un datacenter représentant un investissement financier important, nous nous sommes donc mis à la recherche de partenaires pour financer notre projet. Très rapidement, nous avons compris qu’il serait indispensable d’avoir la Banque des Territoires à nos côtés, tant pour son expertise du sujet que pour rassurer les autres investisseurs potentiels. Nous avons donc amorcé le travail avec elle en 2015 ainsi qu’avec le Groupe IDEC, opérateur immobilier global, qui a pris en charge toute la partie immobilière du projet (financement, promotion, construction), et qui est aussi actionnaire de Egée datacenter au travers de sa filiale Groupe Idec Invest. De notre côté, nous avons recherché les financements pour faire l’acquisition des infrastructures techniques de notre datacenter (facilities) et des infrastructures de sécurité et de surveillance.

Après plusieurs années de travail, nous avons donc stabilisé notre actionnariat en janvier 2019. A la fin de cette même année, nous avions trouvé nos financements et les travaux ont démarré tout début février 2020. Ave la crise sanitaire et le premier confinement, le projet a été mis en suspens, puis a repris. La livraison et le démarrage de l’exploitation de notre premier bâtiment sont prévus courant juin 2021.

Le campus se construit au cœur de Grand Paris Seine et Oise, à Aubergenville, dans le département des Yvelines. C’est un emplacement idéalement situé : proche de La Défense et entre deux zones qui concentrent de nombreux datacenters, à savoir la Plaine-Saint-Denis, au nord de Paris, et le Val de Reuil, juste à côté de Rouen. De plus, nous y avons été accueillis avec des conditions d’installations très intéressantes par la commune et par la communauté urbaine qui voient en ce campus l’opportunité de développer l’activité numérique dans leur territoire.

En effet, notre campus s’adresse principalement aux sociétés de services numériques qui se développent de plus en plus puisque les entreprises moyennes leur délèguent bien souvent la gestion de leur informatique. Nous ciblons également les entreprises pour lesquelles l’informatique est cruciale comme les banques, les assureurs ou les industriels et nous espérons également accueillir dans notre campus des organismes publics rassurés par la présence de la Banque des Territoires et la souveraineté des données que nous pouvons garantir.

Quels sont les atouts du datacenter ?

Notre premier atout, c’est effectivement la souveraineté de la donnée car nous sommes une société 100 % française avec des actionnaires français donc nous pouvons la garantir à la différence de nos concurrents anglo-saxons.

Autre atout, l’extraordinaire performance énergétique de notre projet. Un datacenter est un énorme consommateur d’énergie. Si réduire la consommation d’énergie nécessaire au fonctionnement des équipements informatiques (serveurs, baies, …) qu’il héberge est difficile, il est cependant possible de jouer sur la consommation d’énergie utilisée pour le refroidissement de ses équipements. C’est ce que nous faisons chez Thésée DataCenter. Contrairement à 80 voire 90 % des datacenters, nous n’utilisons pas la technologie de groupe froid toute l’année. En effet, nous avons opté pour la technologie du free cooling. C’est-à-dire que jusqu’à 22 degrés de température en extérieur, nous utilisons l’air froid externe, soit pendant 85 % de l’année. Ce qui signifie que nos groupes froids ne tournent que pendant 15 % de l’année et c’est là que nous faisons la différence. Cela se mesure concrètement grâce au Power Usage Effectivness (PUE), indicateur qui permet d’évaluer la performance énergétique. Si le PUE moyen mondial est de 1,85, le nôtre est de 1,2. Cela signifie que si on consomme 100 pour les équipements informatiques en termes d’énergie, on consomme 20 pour leur refroidissement. Nous sommes donc très performants. Pour des raisons de sécurité, nous avons choisi une technologie de free cooling indirecte, c’est-à-dire que l’air extérieur ne rentre pas dans la salle, mais vient refroidir un énorme échangeur dans lequel l’air intérieur et l’air extérieur sont totalement séparés par une plaque. L’air extérieur vient refroidir cette plaque et l’air intérieur vient se refroidir sur cette dernière. En parallèle, nous nous sommes également inscrits dans une démarche de certification notamment ISO 14001 et ISO 50001 et nous devrions obtenir ces certifications d’ici à la fin d’année.

Enfin, la très haute disponibilité de notre datacenter est aussi un atout de taille. Un datacenter est une infrastructure qui doit être sécurisée et ne doit jamais s’arrêter à cause d’un incident. Nous serons le premier datacenter de colocation d’Ile-de-France certifié Tier 4 par l’Uptime Institue, ce qui correspond au plus haut niveau de disponibilité, soit à hauteur de 99,9985 %.

Contrairement à 80 voire 90 % des datacenters, nous n’utilisons pas la technologie de groupe froid toute l’année. En effet, nous avons opté pour la technologie du free cooling. C’est-à-dire que jusqu’à 22 degrés de température en extérieur, nous utilisons l’air froid externe, soit pendant 85 % de l’année. Ce qui signifie que nos groupes froids ne tournent que pendant 15 % de l’année et c’est là que nous faisons la différence.

Christophe Bouniol

Comment la sécurité du bâtiment est-elle garantie ?

Nous disposons d’un haut niveau de sécurité en matière d’accès physique. Avec 7 niveaux de sécurité à franchir pour accéder aux serveurs : le premier niveau étant le poste de gardiennage ouvert 24/7 où un contrôle d’identité est effectué en échange d’un badge et le dernier étant l’ouverture de la baie informatique à l’aide d’une clé ou d’un dispositif biométrique. Nous utilisons une authentification triple facteurs : badge, code personnel et moyen biométrique. Nous suivons les recommandations de l’Agence nationale de la sécurité et des systèmes d’information (ANSSI). Tout le site est également géré avec des caméras actives à vision nocturne.

La sécurité, c’est aussi la détection précoce des risques d’incendie avec deux niveaux d’alerte : avec des caméras et une vérification visuelle ; puis s’il y a incendie, une extinction avec brouillard d’eau qui n’abîme pas les serveurs. Toutes nos salles sont ainsi équipées. De plus, tous nos murs et portes sont coupe-feu deux heures.

Il est à noter que nous avons, pour notre informatique et la protection de la partie opérateurs Telecom, nos propres outils de type firewall, mais ils protègent les données de nos clients uniquement jusqu’à l’arrivée sur le site, ensuite la sécurité informatique de ses données appartient au client, c’est à lui de se protéger.

Nous sommes dans une démarche de certification ISO 27001 que nous obtiendrons pour la fin de l’année.

En quoi le campus contribuera-t-il au développement et à l’attractivité économique du territoire ?

Dans la première phase de notre projet, le datacenter devrait permettre de créer entre 10 et 15 emplois directs. Il devrait aussi générer des emplois indirects. Statistiquement, on estime le nombre d’emplois indirects générés par un datacenter est 8 à 10 fois supérieur au nombre d’emploi directs créés.

Le campus de datacenters doit contribuer à la transformation du bassin industriel des Yvelines en un bassin numérique tel que souhaité par Grand Paris Seine et Oise. En effet, un datacenter installé attire autour de lui des entreprises du numérique car les clients hébergés ont besoin de service sur leurs équipements informatiques hébergés chez nous, et nous aussi notamment pour la maintenance. Plus le datacenter va croître, plus il devrait attirer localement des entreprises. C’est en tout cas l’enjeu pour ce territoire marqué principalement par l’industrie lourde, automobile et aéronautique, et qui souhaite faire du numérique une opportunité pour renforcer son attractivité.